samedi 9 août 2014

SPECIAL ANNIVERSAIRE / ITW FLASHBACK / Buzy / 4 mars 2004

Une (nouvelle) rencontre magique. Buzy, rencontré à deux reprises pour deux interviews différentes, j'ai sélectionné l'interview pour son livre "Engrenages" publié en 2004. Devant une tasse de thé, confidences d'une femme beaucoup plus sensible qu'elle ne laisse paraître. Un excellent souvenir que je souhaite partager avec vous à l'occasion de ce 10ème anniversaire. 


Patrick Roulph / 80's records : Comment est né ce projet de livre ?

Buzy : C’est le souhait de Jean-Louis Festjens des Editions Le Près aux Clercs qui voulait absolument que j’écrive un livre sur ma vie, mon parcours, considérant que j’étais une artiste phare des années 80, et surtout que je relate ma génération, la génération que j’appelle du “Middle of Nowhere”. Je lui ai répondu que je voulais pas. Je ne voulais pas parler de mon passé. J’étais en train de travailler sur mon nouvel album, on me demandait de ressasser le passé, je ne pouvais pas. C’était non ! Puis il y a quelques années, j’ai commencé l’écriture d’un roman et tout mon entourage semblait convaincu. Ces personnes semblaient me dire que j’avais une vraie possibilité d’écriture. Je me suis dit alors pourquoi pas. Finalement. On va voir si tu peux tenir le coup sur 270 pages. Et j’ai commencé à raison de 5 heures d’écriture par jour, pendant 7 mois. Les pages du manuscrit s’entassaient... Finalement lorsque le livre est sorti j’ai vécu une exaltation intense, un truc de fou pendant 10 jours ! J’étais sans arrêt en train de le toucher, de le regarder, de le lire. (A ce moment-là, Buzy s’empare de mon exemplaire et continue l’exploration). C’était un moment d’exaltation comme la sortie de mon premier disque “Dyslexique” en 1981. Puis ce livre est magique. J’ai plein de copains que j’avais perdu de vue qui m’ont contacté, des gens chers. Ce livre m’a aussi réconcilié avec certaines personnes de mon entourage familial. J’ai aussi reçu des tas de mails, des mails de fans, un truc de fou, tu vois. Puis au moins, on ne peut plus dire de connerie sur moi. Ce livre, c’est moi qui l’ai écrit. A présent les gens m’abordent comme je suis et pas comme ils voudraient que je sois.

Patrick Roulph / 80's records : A la lecture de ce livre, je suis étonné par la richesse des détails des rencontres, des dates clés, des événements. Le livre contient également une discographie très détaillée. Moi qui te croyait “extérieure” à tout ça, plus rock’n’roll !

Buzy : C’est quoi être “rock’n’roll”. Ce qui s’est passé, c’est que depuis toute petite je tiens un journal et ensuite durant toute ma carrière, j’ai eu des carnets. Pas de journaux intimes mais tous les rendez-vous étaient marqués et heureusement pour moi, je n’ai pas jeté ces carnets. Pour l’écriture de ce livre, je me suis donc plongée dans ces journaux. Quant à la discographie, c’est mon ami Pierre Fageolle qui s’en ai occupée.

Patrick Roulph / 80's records : L’humour est également très présent dans ce récit. As-tu toujours eu cet humour ou l’as-tu cultivé avec le temps afin de mieux supporter les caprices de la vie ?

Buzy : Oh non, j’en avais encore plus quand j’avais dix-huit ans, j’étais comique. Je me souviens que l’on m’invitait dans les soirées parce que je faisais le zouave ! J’imitais, j’avais un talent d’imitation. Pas forcément vocal, mais gestuel, je caricaturais les gens, leurs démarches, des trucs comme ça. Puis c’est vrai, l’humour est la seule chose qui peut te sauver, regarder les choses avec du détachement.

Patrick Roulph / 80's records : Le public n’a pas ressenti cet humour !

Buzy : Si tu veux, j’ai beaucoup d’humour dans la vie de tous les jours. Malheureusement pour moi, j’ai très peu d’humour sur les plateaux télé car je suis terrorisée, j’ai le trac. Mais l’humour dans la vie ou dans le livre, oui. Mais c’est vrai qu’en général je ne dégage pas une hilarité, ni dans les disques, ni quand je fais de la promo.

Patrick Roulph / 80's records : Malgré deux superbes albums dans les années 80, “Rêve éveillé” en 1993 et “Délits” en 1999, ton nom sonne 80’s. Ce livre n’est-il pas aussi une façon de faire une mise au point sur ton parcours artistique, qui n’a jamais cessé d’évoluer et d’exister et dire “Je ne suis pas seulement 80’s” !

Buzy : Absolument. C’était bien ça aussi le but. C’était dire, on peut exister sans faire de hits à chaque fois. J’ai pu ainsi m’exprimer car j’en avais marre qu’on me catégorise pour les succès que j’ai fais dans les années 80. Paradoxalement, là où j’ai été la plus heureuse artistiquement, c’est au début des années 90 avec des albums comme les deux que tu viens de citer “Rêve éveillé” et “Délits” où j’étais complètement maître d’oeuvre artistiquement de ces albums, où j’ai fait beaucoup de scène, où j’ai vraiment fais mon métier d’artiste, plus underground, plus marginal.

Patrick Roulph / 80's records : En 1983, tu écris et compose “J’veux pas que tu vieillisses”. Ce titre relate ta vie auprès de mamia, ta grand-mère. Tu refuses l’exploitation de ce titre en single et refuse de l’interprêter sur scène. Est-ce une décision difficile à prendre ?

Buzy : Ah non, tu vois je suis très instinctuelle et quand je prends une décision, c’est clair. Je me voyais mal en télévision défendre ce titre. C’est une chanson trop “tripale”. Elle vient des tripes tu vois. Je ne voulais pas que ça devienne un produit commercial. J’ai fais ça parce que j’ai un amour fou pour ma grand mère. ça m’a déplus quand on m’a demandé de la sortir en single. J’ai répondu, “Jamais de la vie” !

Patrick Roulph / 80's records : En 1984 tu rencontres Gainsbourg. Tu décris cette rencontre comme la plus grande de ta vie.

Buzy : Pour une jeune artiste, à l’époque j’avais 26 ans, rencontrer l’icône de son adolescence est formidable. Gainsbourg est un mec génial, tant sur l’écriture, sur la musique, sur le sens esthétique, sur l’humour... tiens voilà quelqu’un qui avait beaucoup d’humour. Il m’a appris beaucoup de choses, une façon de chanter, mon écriture a bien évidemment changée après cette rencontre, il m’a donné de l’espoir en moi aussi . Moi qui arrivait de province et le fait que Gainsbourg me trouve très très bien, tu imagines !

Patrick Roulph / 80's records : En 1986, tu éclates avec “Body physical” sur une musique de Gérard Anfosso. Avec son fort potentiel commercial, tu décides d’en assurer la promo. Le Top 50 bat alors son plein, les chanteuses Mas, Farmer, Pietri, Quartz se bousculent aux portes de ce même Top 50. C’est également ton premier Maxi-45 tours. Bref, tous les ingrédients pour cadrer avec le produit parfait. Comment réagit la rebelle qui vit en toi ?

Buzy : A l’époque j’avais déjà un producteur indépendant qui s’appelait Gérard Pédron, un homme formidable, qui y croyait dur comme fer. Il y avait aussi une équipe très motivée autour de moi, j’ai donc été prise dans cette enthousiasme collectif... Faut pas cracher dans la soupe... Ce succès a été quelque chose de formidable. Je me souviens, j’étais en voiture j’entendais “Body Physical” non-stop à la radio. Il m’est même arrivé d’être réveillée par mon réveil matin avec “Body physical”. C’était très agréable. Ceci dit, à cette époque, mon désir de faire de la scène n’a pas été pris au sérieux. J’ai été relativement frustrée de n’être qu’un single... et toute la machine promo qui va avec, c’est-à-dire des journées non-stop avec un tas de télé, de déplacements, de voyages... J’ai été frustrée de J’ai été frustrée de ne pas faire de scène, de m’exploser, chanter pendant une heure et demie mon répertoire “Adrian”, “Engrenage” etc... J’avais un manque.

Patrick Roulph / 80's records : Tu entâmes les années 90 avec l’album “Rêve éveillé” et un premier single “Le ciel est rouge” composé par Romano Musumarra. N’as-tu pas eu peur qu’il te refile une bande refusée par Jeanne Mas ?

Buzy : On non pas du tout. En plus de ça, comme je dis dans mon livre, on m’a appelé en tant qu’auteur sur ce titre, sans que l’on me dise qui était le compositeur. Pas mal d’auteur s’étaient essayés sur ce titre et visiblement personne n’y arrivait. J’ai donc écouté la musique. J’ai fais un texte et ça a collé. C’est après avoir chanté et posé ma voix dessus que l’on m’a dit que le compositeur était Romano Musumarra. Et là j’ai eu un espèce de rejet (rires)... et après de nombreuses discussions avec mon entourage, j’ai accepté le titre. J’ai rencontré Romano Musumarra, je l’ai détesté ! (Rires). Lui aussi je pense qu’il ne m’aime pas du tout.

Patrick Roulph / 80's records : De Romano Musumarra, il y a juste eu ce titre d’enregistré “Le ciel est rouge” ?!

Buzy : Juste ce titre, oui. Nos univers sont différents. Il s’est trouvé que la chanson est bonne. C’est un très bon compositeur, il a des astuces. Mais lui et moi, on vient pas de la même histoire.

Patrick Roulph / 80's records : Cet album “Rêve éveillé” est édité sous la forme d’un luxueux livret brochet.

Buzy : C’est un très bel objet. A l’époque j’étais chez Tréma. Catherine Réginer, qui s’occupait du marketing a mit le paquet sur moi. Elle a fait un coffret, un Picture Disc Maxi-45 tours. C’est une femme que j’aime beaucoup. Elle est à la retraite maintenant. Elle a fait un travail incroyable sur moi. Et le résultat a été douloureux car malgré cet investissement, les radios n’accrochaient pas et après analyse de ce qui se passait, qui était bien au-delà de la chanson, bien au-delà du marketing, du packaging, il y avait une radiation des artistes des années 80 qui avaient marché, les radios ne voulaient plus les passer, quel que soit le titre. Ca a été le cas pour Nicola d’Indochine, pour Axel Bauer, pour Elie Médeiros, pour Lio etc... Donc, à l’époque la politique était de s’accrocher... Continuer à faire des disques, de la scène, parce que le public est là ! Et continuer à avancer avec de nouveaux titres, y croire.

Site officiel: http://www.buzy.net 

Interview réalisée par Patrick Roulph le 04/03/2004

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