mercredi 16 juillet 2014

Hommage / Hervé Cristiani

Hervé Cristiani vient de nous quitter. Décédé dans la nuit du mardi 15 et mercredi 16 juillet dans un hopital de la région parisienne, à l'âge de 66 ans, d'un cancer des cordes vocales qu'il avait révélé sur sa page Facebook en 2013 sur sa page facebook.
Auteur depuis 1975 d'une dizaine d'albums dont plusieurs pour enfants, Hervé Cristiani avait été récompensé en 1989 par le Grand prix de la SACEM. En novembre 2008 je réalisa une interview afin de promouvoir son album « Paix à nos os ». En face de moi, un artiste mais surtout un homme libre.
Un excellent souvenir que je souhaite partager avec vous aujourd'hui.

Magnéto !

Patrick Roulph / 80's records : A quelques jours de la sortie de l’album, dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Hervé Cristiani : Résigné. Je suis dans un état d’esprit de quelqu’un qui a fait son devoir. Vu l’état de la profession du disque en ce moment, je laisse les chansons faire leur chemin comme « Il est libre Max » à l’époque.

Patrick Roulph / 80's records : Ce nouvel album réserve de nombreuses surprises côté invités. Pour n’en citer que quelques-uns, Yannick Noah, Alain Souchon. Comment est née cette idée de collaboration ?

Hervé Cristiani : L’idée m’est venue alors que je venais de terminer l’album, avec ma seule voix. En réécoutant les chansons, je me suis dit que ce passage irait bien dans la bouche d’un tel. Je les ai donc appelés. Ils sont tous venus gentiment. Sans poser de question, ils ne savaient même pas ce qu’ils allaient faire. C’est plus une question d’amitié qu’une idée marketing. J’ai choisi mes amis et non les artistes dans la mouvance actuelle.

Patrick Roulph / 80's records : La chanson « Une seconde avant » traite des attentats. Quel a été l’élément déclencheur de cette chanson ?

Hervé Cristiani : C’est une accumulation de faits divers, de divers attentats que l’on a pu voir durant les journaux télévisés notamment l’attentat de Madrid. Comme j’ai très souvent une guitare sur les genoux, je me suis mis à gratter ma guitare, en cinq minutes la musique était faite. C’est plus un cri qu’une chanson, je dirais même c’est une photo, une photo des horreurs que l’on a pu voir. Au départ je ne voulais pas l’inclure dans l’album, cette chanson est lourde, mais les personnes qui l’ont écouté m’ont conseillé de la mettre. Je suis donc allé au bout, je l’ai enregistré.

Patrick Roulph / 80's records : Dans le titre « Alouette » vous chantez votre révolte contre les majors. Je cite « qui mettra le feu à la major qui nous traite comme des cadavres alors qu’on n’est même pas morts ».

Hervé Cristiani : Mes camarades et moi sommes victimes de la crise, pas seulement de la crise actuelle mais de la crise du disque qui sévit depuis trois ou quatre ans. Les majors ne peuvent plus investir dans de nouveaux artistes, elles sont obligées de faire de la rentabilité immédiate, d’où la télé réalité. D’un autre côté le téléchargement illégal fait qu’on ne vend plus de disques.

Patrick Roulph / 80's records : Au début de votre carrière durant la fin des années 70 vous sortez de nombreux albums. Pensez-vous qu’il était plus facile à l’époque de sortir des disques qu’aujourd’hui ou bien le problème si situe-t-il ailleurs ?

Hervé Cristiani : Pas forcément plus facile, car aujourd’hui éditer un album n’est pas compliqué grâce au logiciel et au home studio. Evidemment il y a à boire et à manger, des trucs géniaux et d’autres un peu moins. Donc sortir un disque est facile mais trouver ensuite un distributeur c’est autre chose. Avant c’était plus difficile d’enregistrer un disque, mais une fois que c’était fait, ça avait une chance de marcher.

Patrick Roulph / 80's records : Vous possédez un myspace. Quel internaute êtes-vous ?

Hervé Cristiani : J’aime bien internet. J’ai très vite adhéré à internet. Etant curieux de nature, dès que je me pose une question sur l’histoire ou la physique je surfe. Internet est comme une encyclopédie. Je m’en sers comme ça. Je m’en sers aussi pour travailler, je trouve mes musiciens.

Patrick Roulph / 80's records : Sur votre myspace, est-ce vous qui répondez au fan ?

Hervé Cristiani : C’est moi oui. Je réponds personnellement. J’estime qu’il est de mon devoir de répondre personnellement aux personnes qui me contactent.

Patrick Roulph / 80's records : Quel regard portez-vous sur votre carrière ?

Hervé Cristiani : Je ne résonne pas en terme de carrière. J’ai tellement d’activités en dehors de la chanson. Je fais des disques lorsque j’en ai envie. Comme dans la chanson « je travaille quand mon corps est d’accord » (« Il est libre Max »). Pour répondre à votre question, j’ai été honnête, je ne me suis jamais sacrifié aux modes, ni à des obligations promotionnelles ridicules. Je suis resté honnête à la philosophie du petit Max en question ! « Dans le panier de crabes, il joue pas les homards ».

Patrick Roulph / 80's records : Vous semblez très serein.

Hervé Cristiani : C’est mon regard sur le monde. Un regard avec de l’altitude. Un regard qui me booste à ne pas me sacrifier, ni aux modes ni à la frénésie ambiante. Je n’ai pas la prétention de ressembler à Max, même s’il est sorti de moi, mais on n’est pas obligé de rentrer dans le tourbillon pour vendre sa soupe. Si les gens veulent trouver du Cristiani ils le trouvent, sinon ils le trouveront plus tard, avec le temps, le bouche à oreille. Dans le monde de la musique, il y a la quantité mais aussi la qualité. Il n’y a pas que le nombre de disques de vendus ou le nombre de spectateurs aux concerts. Je m’adresse à des gens qui ont une certaine sensibilité, une réceptibilité. Et quand ils m’écrivent ce n’est pas pour me demander une photo dédicacée, c’est pour me dire en général quelques choses de beaucoup plus touchant, qui me parle plus. C’est pour ça que c’est un devoir pour moi de répondre personnellement aux personnes qui me contactent via mon myspace par exemple.

Patrick Roulph / 80's records : Vous publiez également des disques pour enfants ? Comment sont nés ces projets ?

Hervé Cristiani : Tout simplement. J’avais des enfants en âge d’apprendre les tables de multiplications, l’alphabet et ils me demandaient de réciter tout ça. J’ai trouvé plus simple d’en faire des chansons. Ce n’est que dix ans plus tard que j’ai eu l’idée de l’éditer.

Patrick Roulph / 80's records : Vous avez également publié un livre « Il est libre Max ». Que vous a apporté l’écriture ?

Hervé Cristiani : Une grande joie. J’ai trouvé plus facile de faire un livre qu’une chanson. Lors de l’écriture du livre, on n’est pas prisonnier de la rythmique des mots. Ce livre m’a permis de répondre aux questions des gens. Ce n’est pas une bio et chez l’éditeur ce livre est classé science et religion ! J’ai pris Max car c’est le philosophe idéal. Dans la chanson il est résumé en 30 lignes, dans le livre 300 pages !

Patrick Roulph / 80's records : On trouve dans ce nouvel album en guise de bonus « Le tango bleu » sorti en 1987. Pourquoi ce titre ?

Hervé Cristiani : C’est une chanson que j’aime beaucoup et qui n’a pas eu beaucoup de chance. A sa sortie, la maison de disques se cassait la figure. Vu que j’aime cette chanson, j’ai voulu lui donner un coup d’éclairage. C’est un coup de cœur pour une chanson oubliée.

Interview réalisée par Patrick Roulph le 05/11/2008.

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