samedi 16 août 2014

SPECIAL ANNIVERSAIRE / ITW FLASHBACK / VERONIQUE RIVIERE / 15 FÉVRIER 2005


Date : 15 février 2005
Promo : Album "Eponyme" + concert au Théâtre de 10 heures.

Patrick Roulph / 80's records : Nouvel album, nouvelle équipe alors que certains vous reprochent de quitter vos maisons de disques. A cela vous répondez que vous signez avant tout avec des personnes enthousiastes. Alors, à quelle rencontre doit-on ce cinquième album ?

Véronique Rivière : Situons nous à la fin du quatrième album sorti en 1996 pour lequel j’ai fais des concerts jusqu’en 1998 au Sentier des Halles à Paris, puis en tournée. Après cette période je me suis rendue compte que refaire un album me semblait difficile. Les médias se focalisaient tous sur les télé-réalitées, c’était les débuts de la Star Académy, Popstars toutes ces choses-là où je n’avais pas ma place. Je n’avais plus le bon profil. Il n’y avait plus de place pour ce que je faisais, et plutôt que de rester assise à côté du téléphone, de commencer à faire le tour des maisons de disques, chose que je suis incapable de faire, je suis partie vivre à la campagne. Je me suis dit tant qu’à partir, faire des choses nouvelles, se lancer dans une aventure que tu ne connais pas. J’ai donc monté un centre équestre avec une amie. Elle est monitrice avec des chevaux, moi j’avais une maison avec un terrain, donc voilà. Les hasards de la vie. A ce moment-là j’ai continué à écrire des chansons pour mon plaisir, j’aime écrire. J’ai quelques amis éditeurs à Paris qui m’ont placé quelques chansons, j’ai écris une chanson pour Nana Mouskouri, Véronica Antico et une autre pour Judith Bérard. Mon activité étant de développer ce centre équestre, je ne pensais plus chanter. Ca ne veut pas dire que je n’avais pas envie, je pensais que l’occasion n’allait pas se présenter. Et puis un jour on m’a téléphoné en me disant “Est-ce que tu veux refaire un album ?”. Donc le départ de ce cinquième album est ce coup de téléphone. J’avais des chansons en stock, je monte donc à Paris, le contact se fait plutôt bien, nous sommes sur la même longueur d’onde. Je ne suis pas un produit marketing à court terme, j’ai mon créneau, la chanson française. C’est possible par les chemins de traverse d’arriver à exister. On repart. J’ai l’impression que petit à petit, l’envie du public pour écouter une chanson est là et pas seulement entendre de la musique.


Patrick Roulph / 80's records : Où vous situez-vous dans la chanson française ?

Véronique Rivière : Juste à côté de la marge ! Je ne sais pas. Depuis que j’ai commencé on m’a toujours dit que j’étais "hors norme". La norme changeant un peu avec les modes, la norme étant la mode, je n’étais jamais dedans. Je ne sais pas où je suis. J’aime les mots, j’aime écrire, je raconte des histoires, et être sur scène est un peu comme raconter des histoires au coin du feu. J’aime les mélodies simples, au service des mots, que l’on peut chanter dans sa voiture ou dans sa salle de bain. Après je n’ai pas une technique vocale de québécoise, j’ai ma voix, grave, qui est le fruit de bon vin et de cigarettes. Je vis, donc j’ai la voix de ma vie ! J’ai jamais cherché à être dans un courant, je suis comme ça.

Patrick Roulph / 80's records : Avez-vous toujours eu ce côté “On me prend ou on me laisse” ?

Véronique Rivière : Ce n’est pas ça. Pour moi, on me prend je suis ravie, mais je pars avant qu’on ne me laisse. Je ne peux pas baisser la tête. Les artistes ne sont pas fait pour se vendre; je ne peux pas me vendre moi, je ne peux pas dire ce que je fais est bien, argumenter sur la qualité des textes, je suis incapable de le faire, c’est trop proche de moi.

Patrick Roulph / 80's records : Ne pas donner de titre à ce cinquième album, charger la maquette de textes qui vous mange une partie du visage d’une photo noir et blanc, est-ce un peu comme jouer avec les mots ? D’où vient l’idée ?

Véronique Rivière : A la fin de l’album on se pose toujours la question: quel nom lui donner ? Je veux bien donner un titre à un album s’il y a un concept, c’est-à-dire si l’album a été écrit à un endroit précis, avec un thème précis... Pour ce cinquième album ce n’était pas le cas. Cet album a bénéficié de six années d’écriture totalement libres. Les chansons n’ont pas été écrites pour un album, juste pour être écrites. Donc quand on m’a demandé un titre j’ai dit qu’il n’y en avait pas. On m’a donc répondu "on va en faire un album éponyme qui s’appellera “Véronique Rivière”". Hors mon deuxième album paru en 1989 s’appelle déjà “Véronique Rivière” donc déjà éponyme. Je me suis alors rendu compte qu’il y avait déjà beaucoup d’albums éponyme mais qu’aucun ne s’appelait “Eponyme”. C’était donc rendre hommage à ce mot que tout le monde dit mais n’écrit jamais. Quant aux textes sur la pochette, cela représente deux phrases de chacune des chansons. J’adore jouer avec les mots, je me suis dit qu’avec les douze chansons je pouvais arriver à faire un texte certes nébuleux mais avec une certaine idée qui s’en dégage. Quant à la photo, paraît-il qu’il faut toujours avoir sa tête sur ce petit carré. Le public me demande pourquoi maintenant que je vis à la campagne, ne pas avoir fait une photo sur les grands espaces. C’était possible sur les anciens 33 tours vinyles, il y avait de l’espace pour développer un concept avec un peu de projection, de profondeur de champs. Sur un petit carré c’est comme regarder les 10 commandements sur un écran portable ! Comme le portrait est obligatoire, j’ai mis les mots dessus. Je me considère plus comme un auteur que comme un Top-Modèle !

Patrick Roulph / 80's records : Avec ce nouvel album vous quittez Dominique Blanc-Francard présent dans vos quatre premiers opus et plus particulièrement durant la période trouble qui suivit l’album “En vert et contre tout”. Que s’est-il passé ?

Véronique Rivière : J’ai commencé à travailler avec Dominique en 1985 pour la réalisation de mon premier 45 tours "Si seulement tu voulais monter". Après ce premier 45 tours Dominique m’a encouragé à poursuivre mon travail. Je ne pensais pas en faire un métier. Nous avons donc travaillé sur les quatre albums, ce qui représente une quinzaine d'années. Il a écrit mes musiques, il a était arrangeur, producteur, réalisateur. Tout cela représente des moments très intenses, un peu comme une vie de couple, on s’engueule, on est d’accord pas d’accord. On s’épuise. En 1996 après la réalisation de l’album “En vert et contre tout” je pense que nous étions arrivé au bout. Lui critiquait de plus en plus ce que je pouvais apporter, de mon côté j’étais moins motivée. Quinze ans avec la même personne c’est bien. C’était bien aussi qu’il aille vers d’autres histoires. Quant à moi j’avais un break à faire.

Patrick Roulph / 80's records : Sur le livret de l’album “En vert et contre tout” vous citez Jean de la Fontaine: “En toutes choses il faut considérer la fin”. Etait-ce une façon d’annoncer le début de la fin ?

Véronique Rivière : Non. Durant l’enregistrement de l’album je n’y pensais pas du tout. J’aime énormément la Fontaine, ma mère me récitait beaucoup de fables, et la Fontaine traverse les époques, on peut encore l’interpréter aujourd'hui. C’est le Nostradamus de la fable. Pour en revenir à la question, la préparation de l’album “En vert et contre tout” avait été très difficile. J’ai toujours eu des accouchements difficiles avec mes disques ! Le parcours pour cet album avait été laborieux, donc cette phrase-là pour dire “nous sommes arrivés au bout de quelque chose de difficile... on en est d’autant plus fier !”.

Patrick Roulph / 80's records : Cet album “En vert et contre tout” vous mène à la scène.

Véronique Rivière : Oui. Au départ de ma carrière, j’ai mis beaucoup de temps à faire de la scène. Dans les années 80 il fallait faire un album, les 20H30, avoir son titre en play-list sur trois radios pour envisager une scène. J’ai commencé la scène avec le deuxième album en première partie d’Eddy Mitchell, trois semaines au Casino de Paris. C’était difficile de monter son propre spectacle. Donc avec cet album “En vert et contre tout” il y a eu une scène tout de suite où j’étais toute seule. Piano, contrebasse, voix ou piano-voix, petite formule légère. C’était le premier album avec lequel je pouvais faire de la scène tout de suite. C’était un bonheur. Le travail de studio est là d’accord, mais la seule chose qui me plaît vraiment est de me retrouver sur scène, face à des gens. On chante pour les autres, pas pour soi. J’écris par rapport à moi, et souvent pour moi, c’est mon plaisir, mais je chante pour partager avec les autres.

Patrick Roulph / 80's records : Pour qu’elle raison n’y a-t-il jamais eu d’album live ?

Véronique Rivière : Demandez ça aux maisons de disques ! Je ne sais pas. (Elle réfléchit). Avant j’avais un chef de produit, un directeur artistique, un directeur de production, un PDG. C’est ce staff-là qui vous expliquent ce qui est bon pour vous, ce qui n’est pas bon. A l’époque je me disais, c’est leur métier, ils savent. Aujourd’hui j’en doute un petit peu.

Patrick Roulph / 80's records : Nous sommes en 2005, ce nouvel album « Eponyme » semble décrire une réelle renaissance. Notamment avec le titre “Galopez”. A croire que c’est la premier texte écrit pour ce recueil ?

Véronique Rivière : Pas du tout, c’est un des derniers ! En fait voilà ce qu'il s’est passé. Quand on m’a appelé pour faire un disque, j’ai trouvé ça trop beau pour être vrai. Au départ j’y suis allé sur la pointe des pieds. Puis écrire par rapport à l’album il m’a fallu 2-3 mois. A ce moment-là “Galopez” est arrivé. J’ai trouvé ma vie jusqu’alors totalement folle, je me suis dit, vas-y, on te propose un album, fonce.

Patrick Roulph / 80's records : Plusieurs titres de ce nouvel album comme “L’Arlésienne”, “Adorable”ou encore “Tout doux” dressent des portraits et regorgent d’amour et de compassion. Comment sont nés ces textes ?

Véronique Rivière : Pour “L’Arlésienne” j’ai toujours aimé le conte d’Alphonse Daudet. Cette femme qu’on attend et qui ne revient jamais, parfois je me mettais dans la peau de l’Arlésienne en me disant que je manquais peut-être à certaines personnes. Quelquefois j’étais dans le rôle du fiancé qui attend. La notion de distance est aussi palpable. J’ai quitté Paris qui est ma ville, je suis née à Paris, c’est difficile de s’expatrier, ma famille, mes amis sont à Paris. Mais en même temps l'éloignement est un moteur. Cette absence permet le bonheur des retrouvailles. Je suis contre la vie “collé tout le temps”. Ce qui est beau c’est se dire “Au revoir...”, le "bonjour" en est encore plus beau. En ce qui concerne la chanson “Adorable” c’est un peu l’histoire des personnes qui tombent amoureuses pour les défauts de l’autre. Penser aussi que la qualité qui fait que l’on tombe amoureux devient ensuite le défaut. On est souvent charmé par la chose qui ensuite vous énerve le plus. De tout ça peut naître une séparation.

Patrick Roulph / 80's records : J’aime beaucoup la chanson “Mister Jack”.

Véronique Rivière : Cette chanson est liée au sud ! J’ai découvert dans le sud la tradition de l’apéritif. Donc ce passage “obligé” par le bistrot, un lieu de retrouvailles dans les villages. On échange trois phrases, c’est une étape de la journée, après le travail, avant la soirée. Je suis très charmée par ça. Ici à Paris, il manque ce petit moment de décompression. Pour en revenir à ce titre, c’est vrai que dans les bars il y a LE pilier; des personnes que l’on croisent tous les jours, des gens un peu éteint. Ces personnes-là ensuite par le biais de l’alcool se lâchent et parlent de tout: d’amour, de politique, refont le monde. Mais il faut les vapeurs d’alcool pour ça.

Patrick Roulph / 80's records : Sur ce nouvel album vous semblez avoir lâché prise, avoir trouvé une liberté, comme pardonné à certains.

Véronique Rivière : Je ne suis pas rancunière, je peux être très en colère par contre. Mais ma colère est très courte, j’oublie vite. Le fait de partir est aussi ça, il ne faut pas rester dans les situations où la rancoeur s’installe, comme un petit cancer qui vous ronge tout le temps. Il faut évacuer. J’ai écris les textes de ce nouvel album dans une liberté totale. J’ai écris sans but, sans personne qui vous dise “Est-ce que c’est un single potentiel ?” la phrase épouvantable, ou “Ce n’est pas formaté radio, c’est trop court, c’est trop long, ces mots là faut pas les dire, c’est pas une chanson pour une fille”. Ces nouvelles chansons, personne me les demandait, personne en avait rien à faire.

Patrick Roulph / 80's records : Dans vos textes, votre écriture vous paraissez sereine malgré tout.

Véronique Rivière : J’ai toujours visé une liberté j’y suis sans doute arrivée aujourd’hui. Je me suis aussi rendu compte que je n’étais pas indispensable. L’essentiel est d’avoir des gens qui vous aiment et d’aimer les gens, même s’ils sont peu nombreux.

Patrick Roulph / 80's records : Apaisée, sereine ne veut pas dire pour autant insensible. Par exemple le titre “Matador” où vous dénoncez les corridas. A quand remonte cette colère ?

Véronique Rivière : La première et seule corrida à laquelle j’ai assisté remonte à celle de mes 14 ans. C’était une corrida à cheval, c’était juste l’horreur. On m’a sorti de l’arène, je pense que je traitais les gens de “Nazi”. Cette corrida m’a laissé un souvenirs épouvantable. Souvenirs encore très vif, d’autant plus que vivant dans le sud je suis entourée de toute cette culture. Avec cette chanson je ne dit pas au gens de ne plus y aller, j’essaie juste d’expliquer mon point de vue. A la base c’est mettre en exergue la tradition de la mise à mort. A partir de là cette “culture” autorise tout. Je ne comprends pas ces cris de plaisirs à la vue du sang, je ne comprends pas ces petits messieurs dans leur costume étriqué.

Patrick Roulph / 80's records : Vous écrivez souvent des textes engagés. Vous sentez-vous une âme de rebelle ?

Véronique Rivière : Mon engagement est juste dans les mots. Je ne fais pas partie d’associations, parfois je me le reproche. Je peux simplement écrire et parler. Je suis une râleuse, allez ! Je suis une bonne française pour ça. Certaines choses me démoralisent, m’énervent, me mettent en colère et je le dis, et j’espère le dire encore longtemps. J’espère être une vieille dame indigne qui hurlera sur son banc et qui engueulera les gens... (Rires). On dit que le Gaulois est râleur, je suis fière d’être Gauloise (rires).

Patrick Roulph / 80's records : On se calme avec le titre “L’un des sens”. Vous écrivez “Laisse-moi faire, laisse-toi faire...”. Alors, heureuse ?

Véronique Rivière : (Rires). La base de cette chanson est un jeu sur les cinq sens. J’avais envie d’écrire un texte sur les cinq, voir six sens. C’est partie d’un exercice de style; tu as cinq sens, développe une chanson à partir de là. C’est une chanson sur l’éveil. L’éveil à l’amour, l’éveil à la vie, l’éveil du matin, comme la voix que j’ai choisi pour interpréter ce titre, c’est la seule chanson où j’ai essayé de prendre une voix de “mal réveillée”. Donner des frissons aux personnes qui écoutent se titre est mon but.

Patrick Roulph / 80's records : Je confirme.

Véronique Rivière : Et bien c’est parfait (Rires).

Patrick Roulph / 80's records : Ouvrons une parenthèse sur le titre “J’tiens à toi”. Ce titre a été interprété par Judith Bérard en 1999; vous en êtes l’auteur-compositeur et reprenez cette chanson à votre actif pour ce nouvel album. Comment est né cette collaboration, êtes-vous satisfaite de son interprétation ?

Véronique Rivière : La chanson existait avant, elle n’a pas été écrite pour Judith Bérard. On ma contacté un jour pour savoir si j’avais une chanson à proposer, celle-ci convenait. A partir du moment que je donne une chanson à quelqu’un je n’ai rien à dire. Ce n’est plus à moi. Ce qu’ils en font est leur affaire. Les arrangements, l’interprétation etc. On devient fou sinon ! Quant au pourquoi avoir réutilisé cette chanson pour mon propre album, et bien cette chanson a été très peu utilisée et vu que j’adore ce titre, il m’a donc paru normal de la reprendre.

Patrick Roulph / 80's records : Qu’avez-vous pensé de la version de Judith Bérard ?

Véronique Rivière : Je n’ai pas d’avis à donner. J’espère que Judith est satisfaite du résultat, moi j’ai rien à dire.

Patrick Roulph / 80's records : Dans chacun de vos textes, on ressent la passion des mots, du langage. D’où vient l’inspiration ?

Véronique Rivière : De la vie. De la mienne et des gens qui m’entourent, des informations que je peux glaner à la télévision ou dans les journaux. Je reçois des informations et je recrache quand ça me touche; il faut que ça me touche.

Patrick Roulph / 80's records : Vous êtes auteur-compositeur de la quasi totalité de vos titres. Est-ce une façon de garder une unité ?

Véronique Rivière : Non. A la base de tout j’aime écrire, j’aime les mots. Je commence mes chansons toujours par l’écriture des textes puis, vu que j’ai une petite formation musicale, je me mets à les chanter par la suite.

Patrick Roulph / 80's records : Etes-vous soulagée d’avoir échappé à l’étiquette Top 50 dont beaucoup de vos consœurs aujourd’hui paient les frais ?

Véronique Rivière : (A ce moment-là je sens Véronique partir à 3 000 kilomètres de moi). J’ai échappé à quoi ? J’aurai bien aimé être dans le Top 50 au début, ça voulait dire continuer dans les meilleures conditions possibles. J’aimerais qu’il y ait de la place pour tout le monde. Tous les genres de musiques parce qu’il y a des publics pour tous les styles. Pour des styles que je n’apprécie pas forcément ou que je ne revendique pas, mais il y a de la place pour tous. A partir du moment qu’il y a des gens qui aiment... Certains aiment la Chanson, d’autres le Disco, d’autres le Jazz... Personnellement je n'aime pas le Jazz contemporain, je préfère le Jazz chanté. Mais ceux qui aiment le Jazz contemporain il faut leur en donner. Pourquoi ne pas offrir un panel et ensuite aux gens de choisir. Ce que je trouve horrible aujourd’hui c’est que l’on vous prépare un style unique. A la télévision tout le monde est diffuseur-producteur, un seul décide. On vous balance un style unique, donc pour le public c’est ça ou rien. Quand vous essayez de faire votre petite place, c’est horriblement dur. Quand on me dit “on ne vous entend plus, vous êtes partie à la campagne !”, vous pensez que c’est moi qui ai décidé ?! Si j’avais eu la place pour m’exprimer je serais restée.

Patrick Roulph / 80's records : Plus important que le Top 50 il y a la scène. On vous retrouve au Théâtre de Dix-Heures du 26 au 30 avril prochain, puis en tournée. Comment envisagez-vous ce retour sur scène ?

Véronique Rivière : Avec beaucoup de trac ! Pour l’instant nous en sommes au stade des répétitions ici à Paris. Plus l’échéance va s’approcher plus je vais avoir peur. Malgré ça j’ai appris avec mes expériences précédentes que la peur est un moteur. Il ne faut donc pas avoir peur de se laisser envahir par cette peur. A un moment elle s’inverse et devient une force. Donc je suis la plus sereine possible tout en me laissant gagner par cette petite anxiété et je sais que si les gens sont là, on va se faire une putain de belle rencontre et de retrouvailles. Quant au spectacle il sera composé des nouvelles chansons et des plus anciennes forcément.

Patrick Roulph / 80's records : Alors que l’on assiste à une crise du disque, un marché parallèle formé de collectionneur sévit dans les foires et conventions. Vos disques sont rares et se vendent à prix d’or. En avez-vous conscience ?

Véronique Rivière : Ah bon ? Je suis là dedans moi ? (Rires). J’en suis très contente mais j’en ai pas du tout conscience. Vous savez je viens de passer six années à la campagne ! Mais ça me fait très plaisir si il y a des gens qui se battent pour trouver mes chansons ! Je ne peux rien leur dire d’autre que “vous êtes des gens formidables !”.

Patrick Roulph / 80's records : On reste dans le monde des collectionneurs. Vous êtes l’une des rares artistes à ne pas avoir de compilation, est-ce du à ce changement successif de maisons de disques ?

Véronique Rivière : Sûrement. Et si je peux éviter de le faire je le ferai avec plaisir. Je trouve ce mot “Compilation” immonde, “Best-of” pire. On mélange tout, on met les chanteurs barbus ensemble, les chansons de la pub. Personnellement si j’aime un artiste, j’ai envie d’écouter son album du début à la fin, quitte à ce qu’il y ai des chansons qui me plaisent moins. Mais je ne suis pas “compile” du tout. Certes, si un jour il y a une demande, c’est que des gens le souhaite, je n’irais pas contre.

Patrick Roulph / 80's records : Justement si vous deviez aujourd’hui choisir des titres pour une compilation. Quel serait votre choix ?

Véronique Rivière : Ce serait une décision commune même si j’ai un rapport très sentimental avec mes chansons. Sur le premier album il y a des chansons que je ne pourrais plus chanter. Trop d’années se sont écoulées. Sinon je garde “Capitaine” qui me suit depuis des années, “Tout court” probablement, “Parle-moi” sûrement... (Silence). Ne me collez pas des angoisses comme ça ! (Rires). Je vais rentrer je vais toutes les relire en me demandant laquelle je pourrais mettre (Rires). Au secours !

Patrick Roulph / 80's records: Côté album comment travaillez-vous. Travaillez-vous en studio un lot de chansons puis les sélectionnez-vous pour l’album ou sélectionnez-vous les chansons avant d’entrer en studio ?

Véronique Rivière : Quant j’entre en studio, mon travail doit être fini, mes maquettes prêtes. Des personnes viennent travailler sur votre propre travail, il faut respecter ces gens-là et ne pas terminer par exemple un texte sur un coin de la console pendant qu’ils travaillent. On peut évidemment changer un mot, une note, une structure parce que ça sonne mieux ainsi, mais ma partie de travail est faîte. Quant on entre en studio c’est pour l’habillage, les arrangements et travailler sur la voix. Donc je sais quelles sont les chansons que je vais travailler en studio.

Patrick Roulph / 80's records : Donc la réponse à cette prochaine question me semble évidente. Existe-t-il beaucoup de titres enregistrés qui dorment dans un tiroir ?

Véronique Rivière : Non. Il y en a beaucoup au fond de la poubelle. Je tourne autour de quelques trucs... Il y a souvent deux phrases notées sur des morceaux de papier, de nappes, de Kleenex. J’utilise l’ordinateur une fois que le travail se construit.

Patrick Roulph / 80's records : En fait cette question était pour vous aider aux choix du titre inédit dans la compile.

Véronique Rivière : (Rires). Alors une chose que j’aime faire sur scène, et ce serait une idée pour une éventuelle compile, c’est chanter le titre de quelqu’un d’autre. J’adore chanter dans les langues étrangères. S’offrir aussi le luxe de chanter des chansons qu’on aurait jamais été capable d’écrire mais qui font partie de votre quotidien. C’est un grand moment de bonheur dans un spectacle. Et dans une compile je pourrais aller dans ce sens, ça pourrait même se terminer par n’interpréter que des chansons ne m’appartenant pas.

Patrick Roulph / 80's records : La grande tendance dans les années 80, durant lesquelles est sorti votre premier album, était de faire enregistrer à l’artiste ses propres titres en anglais. Vous l’a-t-on demandé ?

Véronique Rivière : Jamais ! Pourtant je parle anglais couramment. Mais bon, allez traduire mes textes en anglais, c’est pas gagné. J’ai essayé d’écrire un ou deux textes en anglais, mais je n’ai pas la même maîtrise qu’avec la langue française. J’aime jouer avec les mots, en anglais, italien ou espagnol c’était risqué. Interpréter une chanson écrite par quelqu’un d’autre oui, adapté mes mots non.

Patrick Roulph / 80's records : Votre discographie compte très peu de versions longues remixées.

Véronique Rivière : Oui. Dommage car c’était un vrai moment de plaisir en studio, on pouvait y mettre n’importe quoi. J’ai d’ailleurs peut être un peu abusé des bruits de porte, des bruits de voiture, on a fait ça sur un Maxi ou deux je ne sais plus. Mais comme ce travail était avant tout à l’attention des clubs et boîtes de nuit, je n’imaginais pas les gens danser sur mes chansons. Je cherche la personne capable de créer une chorégraphie sur l’un de mes titres (Rires).

Interview réalisée par Patrick Roulph le 15 février 2005

Site officiel : http://www.veronique-riviere.com

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